Où va la politique extérieure de la France ?
Intervention d’André GERIN Rencontre-Débat du 24 janvier 2012 à l’Assemblée nationale organisé par le Collectif Communiste Polex
Chers Amis, Chers Camarades,
Je tiens tout d’abord à vous souhaiter la bienvenue
à l’Assemblée nationale. Je suis heureux de vous y accueillir
pour débattre ensemble d’une préoccupation majeure :
où va la politique extérieure de la France ? Où va
la France ?
Avoir cet échange ici au Palais Bourbon n’est pas anodin car la
représentation nationale a vécu concrètement, durant le
présent mandat, les évolutions de la politique extérieure
de notre pays, la rupture avec des positionnements historiques originaux de
la France sur la scène internationale.
La période qui vient de s’écouler a consacré notre
politique extérieure comme la chasse gardée exclusive du Président
de la République. Le Parlement a été dépossédé
de tout réel pouvoir de décision.
Et cette sorte de monarchie renforcée a conduit au retour de la France
dans le giron atlantiste. Nicolas Sarkozy est devenu le « Theatcher »
de la France.
Nous sommes à l’opposé d’une France souveraine et
indépendante, faisant entendre une voix particulière dans le concert
des Nations. Le sarkozysme s’inscrit en rupture avec ce que fut, par exemple,
l’intervention de Dominique de Villepin à l’ONU refusant
l’engagement des forces françaises en Irak.
De ce point de vue, l’histoire parlementaire au cours des cinq années
écoulées a connu des moments significatifs de cette rupture.
J’évoquerai d’abord la réforme constitutionnelle de
juillet 2008. Elle confirmait la rédaction précédente de
l’article 35 selon lequel la déclaration de guerre est autorisée
par le Parlement. Mais comme les interventions armées s’effectuent
désormais sans déclaration de guerre, les députés
et sénateurs n’ont pas à se prononcer.
Dès lors, selon ce même article et dans sa nouvelle rédaction,
le gouvernement est tout juste tenu d’informer le Parlement de sa décision
de faire intervenir nos forces armées à l’étranger,
au plus tard trois jours après le début de l’intervention,
c’est-à-dire après que nos militaires ont été
dépêchés en opérations.
Et il est précisé que cette information peut donner lieu à
un débat – ce n’est donc pas obligatoire – et qu’il
n’est suivi d’aucun vote.
Seule concession dérisoire : si la durée de l’intervention
excède quatre mois, le gouvernement soumet sa prolongation à l’autorisation
du Parlement.
C’est ainsi que nous avons été informés le 1er avril
2008 – c’était avant la réforme constitutionnelle
– de l’envoi d’effectifs supplémentaires en Afghanistan
après que plusieurs de nos soldats eurent trouvé la mort sur place.
Puis, le 22 septembre 2008, nous avons eu à nous prononcer sur la poursuite
de notre intervention militaire.
En ce qui concerne la Libye, c’est le 22 mars 2011 que le gouvernement
a daigné nous informer, sans vote. Il a été contraint,
le 22 juillet 2011, quatre mois après l’envoi de nos forces, de
demander à la représentation nationale d’autoriser le prolongement
de nos interventions militaires. Un énorme mensonge d’État
a été entretenu par le gouvernement pour masquer la place de l’OTAN
dans cette guerre injuste contre la Libye.
J’ajoute que nos forces sont présentes dans de multiples pays africains
sans que jamais le Parlement ne soit informé, ni consulté. Et
puisque j’évoque l’Afrique, nous conserverons tous en mémoire
le soutien inconditionnel du gouvernement français aux dictatures arabes.
C’est dans cet hémicycle, à deux pas de
la salle où nous nous réunissons, que Michèle Alliot-Marie,
alors ministre de l’intérieur, déclarait, en réponse
à un député communiste, Jean-Paul Lecocq, qu’elle
envisageait de dépêcher des policiers français en Tunisie
pour aider Ben Ali à rétablir l’ordre.
Et je ne m’étendrai pas sur les complicités longtemps entretenues
avec Moubarak et Kadhafi, les dictatures étant considérées
comme des garanties de stabilité dans la défense des intérêts
capitalistes.
Mais, sans aucun doute, ce qui aura été l’acte fondateur
de rupture du quinquennat, c’est la réintégration de la
France dans le commandement militaire de l’OTAN, que le Général
de Gaulle avait décidé de quitter en 1966. La rencontre de Lisbonne
de novembre 2010 a montré la connivence stratégique des dirigeants
américains et européens sur le rôle de l’OTAN élargi
et qui pousse encore plus loin la remilitarisation contre les peuples.
Cette décision a fait beaucoup renâcler dans les rangs des députés
attachés aux valeurs du gaullisme.
C’est ainsi que le gouvernement a décidé d’employer
la manière forte pour préserver l’unité de sa majorité
en engageant sa responsabilité sur cette question.
Au chapitre des pertes de notre souveraineté nationale et de la soumission
de la France, il convient de relever ces diktats européens qui musèlent
notre travail de législateurs.
Il en est ainsi du grand nombre de directives européennes qu’il
nous faut intégrer dans notre droit et qui nous imposent cette concurrence
« libre et non faussée » grâce à laquelle
nos entreprises publiques ont été privatisées et nos services
publics mis à la diète.
La perspective d’un nouveau traité européen vise ainsi à
mettre les Nations et leurs représentants sous tutelle.
Avant chaque sommet européen, le gouvernement daigne engager un débat
sur le sujet au Parlement. Mais l’échange est purement formel et
jamais sanctionné par le moindre vote, qui donnerait un mandat précis
à l’exécutif. En l’occurrence, cette manière
de procéder relève du choix exclusif du gouvernement français
car il n’en est pas ainsi, par exemple, en Allemagne.
Je n’entends pas, dans cette introduction, faire le tour
de toutes les questions qui nous sont posées. La discussion qui va se
dérouler s’en chargera.
Je crois que la politique extérieure de la France ne saurait être
absente de la campagne des présidentielles. En cinq ans, l’image
de la France a été beaucoup abîmée et son autorité
affaiblie sur la scène internationale.
Sur tous les continents, les peuples bougent dans l’adversité d’une
mondialisation qui tend à les écraser et à les conduire
à la résignation.
Le printemps arabe en est un exemple dans toutes ses contradictions. Mais je
pense à ces pays d’Amérique latine, qui travaillent à
des voies nouvelles de libération. Je pense aux mouvements qui se déploient
en Europe contre l’austérité et la misère, contre
la dictature des puissances financières.
La France a un rôle original à retrouver pour porter ces aspirations
populaires et aider à la constitution de nouveaux modes de développement
et de coopération.
Nous devons rester fidèles à nos valeurs universelles, singulières,
fondatrices, issues du siècle des Lumières et de la Révolution
française, des insurgés de 1848, de la Commune de Paris, de la
Résistance, des luttes anticoloniales, pour un nouvel ordre mondial.
Transmis par l'auteur.